Lire Mein Kampf et brûler l’Enfer en autodafé … sans Dante.

(Libre réquisitoire d’une Avocate du Diable)

IMG_3378

L’air du temps est aux mémoires oubliées et aux pages que l’on ne veut pas tourner.
La fascination de l’interdit, le mystère à portée de main, le désir de renouveau. Mein Kampf est tombé dans le domaine public le 1er janvier 2016. 70 ans après la mort d’Hitler.

Réédité, il devient numéro 2 du classement des ventes d’Essais du Spiegel en Allemagne, dans sa version originale annotée.
Comme ( ndlr : Comme … mais pas pareil. Les notes et l’intention font la différence. L’instruction des lecteurs aussi), il a atteint la 6ème place dans la liste palestinienne des best-sellers, après avoir été interdit par Israël, puis autorisé en 1999 par l’Autorité Palestinienne, dans sa traduction arabe de 1963 par le criminel de guerre nazi, Luis Heiden, renommé Luis Al-Haj.

Halte là, tentation. Contrôle des papiers. Ausweis, bitte. La bienséance tremble, la polémique fait rage, les plaies saignent. Ne regardez pas par là. Faites comme si vous n’aviez rien vu. Faites comme s’il n’y avait rien à lire, rien à comprendre. Faites comme si personne ne l’avait jamais lu. Faites comme s’il ne s’était rien passé. L’incompréhensible n’existe pas, n’a jamais existé et n’existera jamais. Une scorie de l’histoire. Une poussière que l’on balaye dans la boite à Pandora. Celle qui fit sortir les présents des profondeurs, comme une sombre Antiquité oublié dans un placard à balais. Ménage vite fait, page blanche, et on recommence… car toujours poussière retombe. N’apprendrons-nous jamais ?
Toujours la poussière retombe. Et, moi, je suis tombée des nues. Interdit à la pensée comme tentation à qui ne veut pas trébucher?
Vade Retro Satana. Tu ne sais pas lire ?
Mea Culpa murmurent à mon oreille les réminiscences latines de Bellum Gallicum sur la grandeur d’un peuple et l’asservissement d’un autre. Ave Caesar Imperator. Ave Caesar, morituri te salutant, me murmurent Mein Kampf, comme avant un dernier combat de gladiateurs. Comme avant la dernière défaite, un Heil Hitler résonnait déjà dans la boue des tranchées de la Der des Ders. Comme avant la dernière victoire, Heil Hitler résonnait aussi comme promesse de revenir de l’obscurité d’un Bunker et nous ronger du fin fond de Berlin détruite. Comme après la dernière victoire, un joyeux « Suivez le guide » résonne dans Berlin reconstruite, plus accueillante que jamais aux visiteurs de passage. Passons l’éponge. Je savais lire et je l’ai lu. N’en parlons plus ?

Mea Culpa. Non, je n’avais pas lu « l’avertissement des éditeurs » de Fernand Morlot proche de Charles Maurras et d’Action Française. « Ce livre, répandu en Allemagne à plus d’un million d’exemplaire, a eu sur l’orientation soudaine de tout un peuple une influence telle, qu’il faut, pour en trouver l’analogue, remonter au Coran ». C’était l’avertissement contre la montée du péril nazi dans la première l’édition française de 1934, tiré à 8000 exemplaires. Je ne l’ai pas lu, mais j’aurais pu. J’aurais pu, comme j’ai lu le Coran, dans une vieille édition. (NDLR, comme Morlot: même pas sûre qu’elle soit encore autorisée cette édition si je me tourne du côté de La Mecque).

Mea Culpa. J’ai lu Mein Kampf, comme Sade était triste quand je l’ai lu, dans une autre langue. Ma langue presque maternelle, que pourtant je maitrise mal. (NDLR : Mais c’est une autre histoire … ou pas. Les pages s’entremêlent quand on les tourne toutes en même temps). Mea Culpa. Je maitrise mal la langue de Goethe. Je ne suis pas Allemande. « C’est la honte qui domine chez moi. Voilà le bilan que je tire des trois années de travail sur Mein Kampf. Le fait que le peuple allemand qui était considéré non sans raisons comme le peuple des poètes et des penseurs soit tombé dans le piège de cet homme ne m’inspire finalement qu’un grand sentiment de honte ». Je ne suis pas l’érudit Christian Hartmann de l’Institut d’Histoire Contemporaine de Munich, que je salue au passage pour le courage de cette réédition éclairée. Je ne sais pas dire ça, dans le texte. Mais j’ai su lire Mein Kampf. Certains mots d’Hitler était, sensiblement, les mêmes, je crois me souvenir. Un mélange de fierté perdue, de honte accablante et de Combat pour un « plus jamais ça ». Le piège de l’Homme, pas le piège de cet homme en particulier, a envie de rajouter en Française dans le texte, l’ancienne lectrice que je suis.

Mea Culpa. J’ai lu l’interdit, pour qui pense dans son temps. J’ai lu la honte, aussi. Lu en décalé, péniblement, adolescente, dans une édition poussiéreuse d’une bibliothèque suisse. Une bibliothèque qui n’avait pas du pourtant faire le ménage. J’ai lu Hitler entre Hegel et Honoré de Balzac. Mal classé dans l’alphabétique de la Comédie Humaine. Je l’ai lu comme j’ai lu Mao Zedong entre Malraux et Mirbeau, dans l’ordre et dans le chaos. Je l’ai lu comme Le Jardin des Supplices, avec sa dédicace « Aux prêtres, aux Soldats, aux Juges, aux Hommes, qui éduquent, dirigent, gouvernent les hommes, ces pages de Meurtre et de Sang ». Je l’ai lu comme la Condition Humaine, tout simplement.

Je l’ai lu, car rien n’est trop beau pour être vrai. Car rien n’est trop laid pour n’être vrai non plus. Je l’ai lu comme dans un rêve. Vous aurez beau me pincer en flagrant délit de lecture. C’est bien vrai. Je l’ai lu comme un rêve de petit caporal allemand qui se redresse contre le monde entier, comme un rêve de Martin Luther King, comme un rêve de Gandhi, comme un rêve de Nelson Mandela. Un rêve où nous serions tous frères. Une même famille, une même patrie. Tous les mêmes. Forts, comme Hitler était chétif et malade. Blonds, comme Hitler était brun. Radieux et rayonnants, comme Hitler était, sans génie, aux cieux en compagnie de la démesure du génial Wagner, porté par ses orages tonitruants, baignant dans le sang rouge du crépuscule , illuminé d’éclairs rageurs et fantasques au son des fantastiques Walkyries . Invincibles dans un Ordre nouveau, comme Alexandre fut Grand, comme Carolus fut Magnus, comme Napoléon fut Premier par Grande Armée et Code de Lois. Grands, comme Hitler fut petit en chevalier d’apocalypse combattant son chaos mental et ses incarnations maléfiques, comme Don Quichotte se bat contre des moulins à vent, en rêvant de sauver le peu d’Humanité qui survivra à leurs assauts.

Je l’ai lu, tout simplement. Tout simplement, j’ai pleuré, adolescente, en lisant son combat. Pleuré, avec cette pensée, adolescente aussi … Si seulement quelqu’un l’avait embrassé dans les tranchées ce jour là, quand il pensait à son Combat de la veille et à celui du lendemain. J’ai pleuré, tout simplement, comme aujourd’hui en rêve, quand, 70 ans après sa mort, Hitler m’est apparu.

Lui. Tel quel. Sans prendre une ride. Tel qu’il devrait apparaître à tout le monde en cauchemar. Simplement, sous la forme onirique d’un nauséabond vautour aveugle et dément, attaché sur un immense charnier tout en haut d’une citadelle, grouillante du monde d’aujourd’hui. Prisonnier comme un délirant étendard d’un Ordre ancien, en signal de ralliement et gage d’éternel retour de son rêve d’humanité nouvelle.

Moi. Différente. Plus âgée bien sur. Plus de 30 ans ont passé depuis ma lecture de Sein Kampf. Différente dans l’étrange évidence des rêves. L’évidente pensée d’un monde grouillant qui ne veut pas plus le libérer, qu’il ne peut se libérer de sa pensée. Mon rêve était pourtant simple au début. Il faut qu’il meurt et ils ne veulent pas le laisser mourir. Il suffit que je coupe la tête de l’hideux vautour. Pourtant, même en rêve d’adulte combattive, c’est compliqué. Difficile de surmonter mon dégout profond, en avançant vers lui, sur son nid d’ossements. Toute petite et désarmée, en haut de cette tour. Aucun moyen de tuer le gigantesque monstre. Même pas de pierres à portée de main à lui jeter.

Et je suis me souvenue, avoir lu dans Mein Kampf, comme dans un rêve, dans son rêve à lui, un autre rêve, le mien. Un monde magique où je serai redevenue telle quelle. Adolescente qui ne s’est jamais imaginée dans des bras vengeurs, même ceux de Don Quichotte. Adolescente, qui pourtant pleurait en pensant qu’elle aurait pu simplement prendre le caporal Hitler dans ses bras et que rien de ce qui a été n’aurait été. Mais même adolescente de bonne volonté, je n’aurai jamais embrassé un vautour putride. La réponse était pourtant là dans mon rêve. Ne lui tranche pas la tête. Simplement libère le de ses chaines. Il s’enfuira loin, très loin du Monde. Aussitôt armée d’un glaive, le glaive que je n’ai pas trouvé à portée de rêve en voulant lui trancher la tête, ses chaines me sont apparues énormes et mes efforts dérisoires. Impossible, je n’y arriverai jamais. Je ne suis pas Don Quichotte. Je suis trop jeune, trop petite, mal armée … et pourtant j’ai lu Mein Kampf.

Bon sang, mais c’est bien sûr, ne saurait mentir. L’évidence des petits rêves qui se terminent bien frappent plus fort que les grands rêves inachevés. Et le souvenir du jeune homme qu’avait été Hitler bien avant Mein Kampf, celui qui a survécu entre les lignes de celui qui l’a écrit quand moi je le lisais. Une adolescente rêveuse lisant un adolescent rêveur. Même pas peur. On se ressemble, en rêves, si ce n’est en stature. Je l’invite aussitôt à regarder ailleurs par la fenêtre de la tour, à regarder plus loin le temps de rêve au dehors. Si ensoleillé, que même le vautour aveugle a voulu s’y réchauffer. Bien la peine, d’avoir lu autant, pour n’avoir trouvé à lui dire que des mots aussi simples qu’une ballade en campagne.

Souviens-toi. Souviens-toi, vieux vautour. Souviens toi du temps où tu étais jeune faucon. Souviens-toi de tes rêves. Non, pas ceux là. Ceux d’avant. Avant que toi, faucon, ne te prenne pour un aigle. Avant que l’aigle ne finisse en vautour. Souviens toi de toi, quand tu étais si beau, quand tes rêves étaient à ta hauteur, plus petits et plus beaux aussi.
Et la magie du temps de rêve opéra. Le vieux vautour laissa place au jeune faucon et s’envola par la fenêtre. Il s’envola, mais pas trop loin. Il me tournait autour, hésitant à me dévorer négligemment au passage. Simplement, comme aigle dévorerait un rat de bibliothèque. Simplement comme j’ai digéré son Combat et son cortège d’horreurs. En digérant aussi en mémoire, la beauté de ses rêves d’adolescent. Ceux qui ne furent pas, mais qui auraient pu être et pourraient devenir.

Un faucon qui me regarde de haut comme une proie facile, je n’aime pas. Même pas en rêve. Aucune intention de le laisser s’enfuir comme quelqu’un, qui aurait eu trop faim d’ambition, trop soif d’idéal. Comme un faucon, qui aurait un appétit d’aigle, très au-dessus de sa condition de sa condition de faucon.

Rappel à l’Ordre. Je n’ai rien d’un rat, tu n’as rien d’un aigle. Nous sommes pareils lorsque nous sommes humains. Souviens-toi de notre rencontre. Souviens-toi si tu dois revenir. Souviens-toi de ce que tu es devenu, de ce dont tu as été prisonnier. Ton chaos. Celui qui en toi à germer, celui que tu ensuite semer, celui que nous récoltons encore.

Rappel à l’ordre, bref et efficace. Et dans mon rêve, Hitler aima l’ordre et s’apaisa avec reconnaissance, à défaut d’obtempérer avec obéissance. L’ordre et la paix lui furent nouveaux. Nouveaux comme cette ballade de la campagne, verdoyante par la fenêtre. Une campagne nouvelle, à défaut d’être militaire. Une campagne où pousse les myosotis, comme des souvenirs de Vergissmeinnicht, dernières paroles d’une légende de chevalier aimé, emporté par les flots sous le poids de son armure, pour avoir voulu les cueillir.

Mes larmes, elles aussi, furent anciennes. Celles de l’adolescente qui lut Mein Kampf et voulut embrasser et bercer Hitler, comme s’il avait été un jour un adolescent innocent et qu’il pouvait le redevenir, ailleurs, autrement, dans un autre temps. Celles qui noyèrent mon rêve dans un dernier « Souviens-toi. Moi, je n’ai pas oublié qui j’ai lu. Ne t’oublie pas la prochaine fois».

Et pourtant, ça s’arrête là.

Pas plus, pas moins. Je ne me sens coupable d’aucune de mes lectures, d’aucune de mes compréhensions personnelles, d’aucun de mes rêves. Même si ce sont des raccourcis, même si j’ai gommé le pire des pages tournées. Le pire, je le lis ailleurs. Avec Anne Franck et dans tant d’autres journaux. Et je pleure aussi. Tant de rêves immenses brisés partout et pourtant, ici, le mien est un simple raccourci, vite écrit, après avoir beaucoup lu.

Un rêve aussi court, que la lecture de Mein Kampf me resta longtemps en mémoire.

Une nouvelle aussi simple, que partout l’actualité complexe regorge d’ordres dits nouveaux autour de guides dits suprêmes dans un âge dit new. Aussi nouveaux, que les démons sont anciens. Aussi anciens, que les anges sont déchus.

Un simple rappel à l’ordre et aux souvenirs dans le chaos d’un monde qui se gribouille de nouvelles frontières, de nouveaux défis. Un monde où les frontières entre les plus beaux rêves et les pires cauchemars n’ont jamais aussi ténues, mais doivent néanmoins être tenues. Un monde qui bégaye et ânonne, s’il n’apprend pas à lire et comprendre son histoire.

Aussi simplement,  que les paroles d’encouragement de mon vieux professeur d’histoire, merveilleux humaniste,  il y longtemps déjà  :

“Il faut comprendre Le Combat. On ne peut pas comprendre l’homme sans comprendre son histoire. On ne peut comprendre l’Histoire sans comprendre l’Homme.”

IMG_0599

 

 

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

  • Every de tout, A more included, & 2 Viel en +

    Eve ry de tout, .au propre et au figurez-vous, c'est déjà tout un lot ... de 12 bonnes raisons de tout mélanger en une suite logique ...
    1) Elle n'est pas la dernière en matière de fautes, quand les mots sont croisés ...

    2) I'm pro, c'est son métier

    3) Dans le melting pot, elle ne crache pas dans la soupe...

    4) Elle est parisienne comme tête de veau, et ne rechigne pas devant les froggies servis par des non-domestiques

    5) Elle retourne 7 fois, comme pas une autre, les langues pour celle qu'elle n'a pas encore dans la poche ...et parle comme pied dans la tongue de sa mère.

    6) Foncé, en stock dans son magasin, c'est en option ... comme clair, c'est le temps qui lui manque.

    X2) Quand ça compte, elle voit double...
    N'en jetez plus, la coupe est pleine ...Cheers

  • Valéry Schneider

    Valéry Schneider

    Une publicitaire et une desperate housewife qui a bien tourné ...la page et beaucoup d'autres clichés ...et qui en noircit pas mal, si son temps s'y prête ...Ca varie, même au beau fixe...

    View Full Profile →

%d bloggers like this: